Multitâches… nous?

Combien de fois entendons-nous dire ces jours-ci – sur le ton de l’envie - que les jeunes sont de plus en plus multitâches ? Doit-on croire à une mutation soudaine du genre humain qui nous aurait épargnés nous «immigrants du numérique»? Pas certain…

Le  multitâche est l’exécution simultanée de plusieurs fonctions. Promue notamment par l’ère des technologies de l’information et de la communication (ce mot, emprunté au monde informatique, était d’abord associé aux systèmes d’exploitation),  cette notion implique une remise en question de notre capacité de gérer plusieurs tâches à la fois. Cette réflexion est d’autant plus intéressante à faire lorsqu’on travaille dans des entreprises comme Opossum et iXmédia où ce concept est au centre des préoccupations de tous.

C’est dans une ambiance « branchée », dynamique et stimulante que viennent travailler les gens – assez jeunes pour la plupart – de la boîte, où se côtoient programmeurs, intégrateurs, graphistes, chargés de projet, etc. Des consoles de jeu, un pouf fluo, un décor moderne et des dizaines d’ordinateurs constituent notre milieu de travail. Sur chacun des postes de travail, plusieurs fenêtres sont ouvertes, différentes applications, iTunes, Facebook, Twitter, en plus des conversations facilement audibles dans un espace de travail « ouvert ». C’est à se demander comment tout ce beau monde réussit à se concentrer? Et bien cette question, plus controversée qu’on pourrait le penser, en intéresse plus d’un!

Monsieur Hubert Guillaud reprend les propos du  professeur  Howard Rheingold dans un article traitant du multitâche, où le professeur se questionne  sur ses méthodes d’enseignement à l’heure des ordinateurs connectés en classe et sur le niveau d’attention de ses étudiants. Selon monsieur Rheingold, l’attention est une compétence qui peut être développée si elle est travaillée. Même un technologue aguerri n’est pas à l’abri du détournement de celle-ci.  Le professeur Michael J. Kane explique dans un deuxième article sur le sujet que tous les individus ne contrôlent pas cette attention de la même façon. Une personne ayant de fortes capacités d’attention ferme plus facilement la porte aux distractions et a plus de facilité à encoder l’information utile, même si elle exécute plusieurs tâches simultanément.  Il irait même jusqu’à dire qu’elle développerait ainsi une meilleure capacité de mémoire.

Pour certains professionnels de l’enseignement, comme N. Katherine Hayles, professeure émérite d’anglais à l’Université de Californie à Los Angeles, le monde multimédia génère une  » hyper-attention » qui est différente, mais pas inférieure à l’attention proprement dite. « Dans un environnement riche en médias, les jeunes cerveaux font de mieux en mieux la connexion conceptuelle entre une grande variété de domaines ». Pour certains autres comme Clifford I. Nass, professeur de psychologie à l’Université de Stanford, ils  restent sceptiques quant à la véritable utilisation des ordinateurs dans une classe, mais sont incapables de bannir totalement cet outil de travail.

Mais qu’en est-il donc des natifs du numérique, qui baignent plus que quiconque auparavant dans l’ère du multitâche et qui sont  stimulés de tout bord tout côté. Marc Prensky , auteur qui a développé le concept de « digital natives », est d’avis que le cerveau s’adapte à toute situation, mais affirme cependant qu’aucune étude ne prouve que le cerveau des natifs aurait plus de facilité à le faire. Selon lui,  il est possible de faire plusieurs tâches à la fois dans la mesure où les tâches s’accomplissent de manières automatiques. Un peu comme nous n’avons plus besoin de réfléchir à chacun des muscles sollicités lorsque nous marchons, un automatisme  demande beaucoup moins de concentration et nous donne la possibilité de « recanaliser » notre attention.  Dans cette optique le questionnement face au multitâche change pour devenir: jusqu’où peut-on s’entraîner à rendre les tâches automatiques?

Dans un même ordre d’idées, le professeur David Meyer, directeur du   Laboratoire Cerveau, cognition et action à l’université du Michigan affirme que de petites tâches peu exigeantes, comme boire un café ou écouter une musique entraînante, peuvent stimuler les performances, mais que la capacité d’effectuer plusieurs tâches difficiles a ses limites. En vérité, l’idée du multitâche n’est pas née avec les nouvelles technologies, mais est amplifiée par celles-ci.  Tout dépendamment des ses habitudes et aptitudes, une personne peut être en mesure, ou non, de gérer plusieurs tâches à la fois. Qu’il s’agisse de  multitâche ou non,  a chacun de développer ses compétences et de connaître ses limites dans ce monde d’hyper-sitmulation!

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