La renaissance du manuel électronique
Ça faisait un petit bout de temps que le manuel électronique se tenait tranquille! Il y a quelques années, les Cytale (faillite en 2002), 00h00 (fermé en 2003), Gemstar (réorientation des activités en 2003) et même Coopsco nous prédisaient la mort du livre papier au profit du livre électronique.
Le toujours très intéressant site américain Xplana nous informe dans un récent article de la renaissance du livre électronique. Alors que les joueurs les plus pressés s’essoufflaient, quelques-uns développaient leurs produits tranquillement de leur côté. Parmi ceux-ci, il y a Pearson Education qui annonçait il y a deux semaines une alliance avec SafariX pour offrir dès cet été plusieurs centaines de ses ouvrages en format électronique. Les étudiants paieraient alors environ 50% moins cher que le prix du manuel imprimé. On croit que ces manuels électronique permettront de diminuer la revente de manuels usagés.
En Europe, Bordas et Nathan travaillent également à développer leurs manuels électroniques.
Pour le marché du higher education, le collégial/universitaire au Québec, cette initiative peut avoir une certaine pertinence. Avant de fonder Opossum l’été dernier, j’étais éditeur de manuels scolaires. À chaque année, pour compenser la hausse des coûts d’édition, d’impression et de mise en marché, nous devions augmenter le prix de plusieurs de nos titres. Ainsi, entre 1998 et 2003, le prix moyen de nos ouvrages de mathématiques pour le collégial est passé d’environ 30$ à près de 35$. Chez certains concurrents, la hausse est encore plus grande. En physique, les manuels ont presque atteint les 50$ cette année et en sciences infirmières, le manuel de base se vend 145$.
Les études de marché de Pearson indiquent que près de la moitié des étudiants des collèges américains seraient intéressés à se procurer une version électronique de leurs manuels si cela leur permettait d’économiser 25$. Pour un éditeur de la taille de Pearson Education (ventes mondiales de 4,4 G$ en 2003), il apparaît logique d’investir dans le développement d’une plateforme de diffusion de livres électroniques. Surtout que les ventes de livres électroniques se feront en majorité au détriment de celles de manuels usagés sur lesquels léditeur ne perçoit aucun revenu. Au Québec, quand on sait que vendre annuellement 10 000 exemplaires d’un manuel pour le collégial est un exploit, il est moins évident qu’il soit approprié d’investir dans le développement et la mise en marché de versions électroniques des ouvrages. Au primaire et au secondaire, ce ne sont pas les élèves ni les professeurs qui paient les livres (ils sont payés par des budgets accordés aux commissions scolaires par le ministère de l’Éducation)… le manuel papier y est donc assuré de conserver sa place dominante pour quelques années encore!
Pour terminer, un petit mot sur l’aspect technologique des manuels électroniques. Le manuel de SafariX affiche une présentation en 2 colonnes avec d’un côté l’arborescence de la table des matières et de l’autre, une large colonne de texte. Il n’est pas agréable de lire un long texte présenté de cette façon. Il y a quelques mois, je commentais un billet publié sur Constellation W3 et j’y disais que le livre électronique serait grandement handicapé par rapport au papier tant que l’on ne trouverait pas des moyens d’améliorer la qualité visuelle et la densité de l’information qui y est présentée.
Récemment, j’ai pu faire quelques observations qui montrent que l’on peut obtenir de bons résultats même sur le minuscule écran de mon PowerBook 12″. Parmi celles-ci, je porte à votre attention le site du International Herald Tribune. Les textes sont présentés en 3 colonnes et on peut modifier la taille des caractères. Il n’y a rien de compliqué derrière tout ça… il suffit de réfléchir et d’expérimenter pour trouver des façons de rendre l’expérience de lecture à l’écran plus agréable. Quand des livres électroniques sont présentés comme des pages Web de sites d’entreprises, je me dis que c’est le résultat de l’interaction d’éditeurs qui ne comprennent rien au Web et de gens de multimédia qui ne comprennent rien au papier. Les livres méritent mieux que ça!
En guise de conclusion, je reviens à l’article de Rob Reynolds dans Xplana pour souligner la justesse de son analyse. Nous croyons comme lui que, très bientôt, les manuels électroniques pourront s’intégrer dans les portails scolaires et les systèmes de gestion de contenu utilisés par le monde de l’éducation.
C’est donc un bel avenir qui s’annonce pour le manuel électronique… que l’on avait enterré vivant peut-être un peu trop rapidement!

